J'viens de voir ce qui vient d'arriver à Lolotte14 avec son débris en pot d'yaourt.
Ce qui m'a rappelé un truc:
Un jour avec un pote derrière, je m'arrête à un feu rouge en ville, avec visibilité zéro sur la droite.
VERT !
Prem's/Deuss et vlatipas que j'aperçois du coin de l'oeil un truc qui nous arrive dessus à droite.
Ecart et coup de gaz en catastrophe pour éviter le machin et la fraction de seconde d'après .... léger soubresaut et je sens la bécane .. allégée disons.
Je pile, me retourne et vois quoi ?
Le pote assis sur son cul au milieu du carrefour, et une deuche hors d'âge arrêtée à côté, avec le pare-choc avant par terre
Conviendrez que ça fait désordre.
Je pose la bécane et vais voir de plus près de quoi il retourne, Boudiou !
Déjà en arrivant près de la caisse, je n'aperçois en premier qu'une casquette, et en deuxième lecture deux yeux écarquillés derrière des culs de bouteille pas possibles sous le haut du volant.
Bon le pote d'abord: même pas mal au fion ni ailleurs, il a arraché le pare-choc avec sa guibolle droite, autour de laquelle y'avait une botte de cross.
Lequel pare-choc ne tenait qu'avec du fil de fer pourri et néanmoins barbelé (si .... si !)
Après je vais taper à la portière de la Chose en signalant que "
Mr vous avez eu un accident, faut faire un constat svp. Pis faudrait enlever vot' Ovni du milieu du carrefour".
Car c'était un Monsieur.
enfin ... un
genre de Monsieur.
Agricole, le genre ...
Pas que je voulasse (??) le faire ch... mais bon, j'avais déjà appris à me méfier des pèts qui font pas mal ... en apparence et qui se rappellent à votre bon souvenir après, une fois qu'il est trop tard pour le constat.
Donc bon voilà toussa, le gars descend du truc: premier coup d'oeil: centenaire, deuxième coup d'oeil: AU MOINS centenaire, 45kg et 1m50.
Mékesskeséksa ?
Ca peut conduire ?
Ecrire sur un constat ?
Ca peut parler ?
Ca peut parler en français acceptable ?
Je commence par lui sgnaler que 1/ y'a un feu, là, et 2/ qu'il l'a grillé.
Réponse:
-"
Ah ben man gâ, a faisions ben longtemps qu'javions point pâssé là, j'lai point vu vot' zembrèke".
Ce que je traduis par:
-"
Ah quel ennui cher Monsieur. Je n'ai pas emprunté cette voie depuis 1943, et à l'époque elle était beaucoup moins bien équipée, notamment en feux de signalisation, ce qui explique ma coupable distraction, dont je m'excuse".
Bon, déjà ça m'a soulagé de pouvoir communiquer
Ensuite: Papîrs bitte.
Là, le gars me sort un portefeuille pas piqué des vers (quoique).
Sur le coup j'me suis dit que c'était celui de Clémenceau qu'il avait fauché dans un musée.
Après, vu la taille et l'épaisseur, y devait garder tous ses papiers dedans depuis qu'il était majeur, factures d'électricité comprises.
D'abord c'est pas dur, y pouvait s'en servir d'oreiller en camping.
Bonne taille, bonne épaisseur.
Assurance: OK !
Permis: je me suis demandé une seconde s'y confondait pas avec aut' chose quand il a sorti l'espèce de confetti grisâtre censé être un permis.
Ouah le machin, le genre de truc que les archéologues, quand y tombent dessus, ils le déplient en chambre stérile, avec des pinces à épiler.
Le sauvage que je suis ne connaissant pas ces subtilités, je déplie (prudemment quand même) la chose et je vois quoi ?
-"Préfecture de Seine-Inférieure" (ancien nom de la Seine-Maritime).
Et en dessous, tenez-vous bien, foin de "Permis de Conduire" et autres "Catégorie machin" mais:
-AUTORISATION DE CONDUITE DE VEHICULES A PETROLE .
Délivrée en ?
En ???!
L'an de grâce MIL NEUF CENT VINGT TROIS.
Titulaire de la chose né en 1884. On était en 1986.
Même pas de numéro, pas de photo bien sûr etc.
Allez donc remplir un constat avec ça vous .....
Alors tout le monde étant bien emm.... , le pote, qui n'avait vraiment mal nulle part, a insisté pour laisser tomber, ce qu'on a fait.
Cependant, une dernière surprise m'attendait.
Papy était quand même un peu ébranlé par l'aventure (et aussi chouïlla Parkinson) et a éprouvé des difficultés à d'abord rentrer le pare-choc dans la Chose, puis à ouvrir sa ... euuhh ... portière, c'est comme ça qu'on dit hein ?
Donc j'y ouvre et je vois quoi ?
En lieu et place du siège "normal" de Deuche: une chaise paillée typiquement "ferme du 18ème" dont les pieds avaient été coupés.
Comme quoi on peut se retrouver à faire de l'archéologie, de la gériatrie et étudier l'Histoire de France à l'occasion d'un Constat dont l'aridité n'a d'égale que la regrettable austérité.

Je regrette qu'un truc, c'est de pas avoir pu immortaliser ce rude agriculteur fierté de nos illustres campagnes, ainsi que son indomptable destrier.