Ça fait un moment que je ne suis pas passé... J'étais occupé à voyager
1) Visa (https://electronic-visa.kdmid.ru/index_en.html)
Un simple e-Visa suffit pour entrer et sortir du territoire. J'ai entendu un peu tout et n'importe quoi avant mon départ : un Visa d'entrée, un Visa de sortie, un Visa de transit... Non. Un seul e-Visa à demander en ligne sur le site de l'ambassade de Russie, pour environ 60€ et quatre jours de délai théorique (le mien a pris 5 jours, avec un weekend entre-deux). Bien sûr, vaut mieux l'imprimer et l'avoir dans ses papiers.
2) Douane
Il faut vérifier où l'on peut entrer et sortir en Russie; la liste des checkpoints se trouve ici : https://electronic-visa.kdmid.ru/checkpoint_en.html. Je suis passé par le checkpoint de Verkhny Lars, depuis la Géorgie. Grâce à un couple de motards croisés sur Chios à 2h de prendre mon ferry pour la Turquie, j'avais une petite idée préalable, mais ils m'ont peint un tableau plus noir que mon expérience. Les bagages sont sommairement contrôlés de visu, le passeport et le Visa vérifiés, puis il faut remplir deux formulaires sommaires (on ne vous donne pas de stylo et il n'y a nulle part où s'attabler) : un avec vos coordonnées et motif de visite, l'autre pour les informations du véhicule ; rien de fou. Les deux formulaires sont en anglais, mais en mauvais anglais
ADDENDUM : bien vérifier quel type de Visa est accepté à quel checkpoint ! Je viens de me faire refouler au checkpoint routier d'Astrakhan parce qu'il n'accepte pas (encore) le Visa électronique, ce que j'avais négligé de vérifier...
3) Assurances
L'assurance véhicule n'est pas demandée à la douane, et comme toujours on trouve des kioskes sur les premiers kilomètres après la douane. J'ai payé env. 25€ pour deux semaines de couverture (plus cher que les 8€ en Géorgie mais bon).
En raison de la "situation", les assureurs internationaux ne couvrent plus la Russie. Pour la responsabilité civile, j'ai souscrit chez Attollo Assurance, pour un montant similaire, 26€/deux semaines.
4) Permis de conduire
Le permis de conduire est aussi contrôlé est à la douane. Le permis international n'est pas nécessaire. En théorie il faut avoir une traduction russe assermentée de son permis français, mais j'ai été contrôlé une ou deux fois sur la route et on ne me l'a jamais demandée.
5) Paiements
Encore à cause de la "situation", les systèmes de paiement comme Visa, MasterCard etc. ont suspendu leurs opérations en Russie, donc impossible de payer en ligne ou de retirer des espèces avec nos CB. Il faut changer son liquide en roubles avant la frontière. On peut toujours changer ses euros ou dollars dans les banques russes, je viens de le faire.
Pour les longs séjours ou pour avoir une deuxième option, on peut néanmoins obtenir une CB russe. Il y a quelques options, j'ai choisi la banque Tinkoff (https://www.tbank.ru/cards/debit-cards/ ... reign/eng/). Souscrire et obtenir la carte ne coûte rien (à part vos coordonnées bien sûr), donc je l'ai prise au cas où je me retrouverais sans cash. Le process est très simple, juste un formulaire à remplir et un rendez-vous avec un représentant pour l'obtention de la carte et son activation. J'ai souscrit la veille de mon départ de la Géorgie ; le surlendemain, le représentant était à mon hôtel à Vladikavkaz et tout était plié en 30 minutes.
ADDENDUM : j'ai voulu mettre des sous sur la carte Tinkoff, et bien évidemment, impossible de le faire depuis une CB Visa ou MasterCard ! Ce qui n'est précisé nulle part, sauf quand vous essayez de le faire. Donc pour nous, la CB russe est essentiellement inutile.
6) Essence
Y a plein d'octanes différents, et le 95 est généralement en rouge, donc voilà, attention de ne pas prendre du diesel par erreur
7) Circulation
On connaît tous les dashcams improbables de la Russie, et certes, quand la route est droite et que ça circule bien, y en a qui aiment mettre du gaz. Mais globalement, j'ai été plutôt agréablement surpris. Quand on les voit arriver dans le rétroviseur, on les laisse doubler, parfois ils disent merci, parfois pas, mais y pas d'agressivité. En Ossétie et en Tchétchénie, je ne sais pas trop à quoi servent les flics, parce que ça roule fort à peu près partout, ça double les files sur les accotements, ça double parfois même quand ça arrive en face... Par contre, ici à Astrakhan, la police est partout en ville et contrôle vraiment la circulation. J'ai fait un p'tit demi-tour sur une avenue pour me garer devant l'hôtel (y avait personne !), et hop, contrôle de mon permis
Très variable, et avec la circulation, il impose d'avoir réellement une attention de tous les instants. Même sur un bitume propre, un gros nid-de-poule peut survenir. Certaines portions en sont criblées. En beaucoup d'endroits, le passage des poids-lourds a façonné des ornières sur le bitumes, donc on sent constamment sa roue avant chasser d'un côté et de l'autre, et ce n'est pas toujours visible en roulant. Attention donc en passant d'un bord à l'autre de la chaussée, et si on contourne un véhicule qui ralentit pour tourner, de ne pas se trouver projeté dessus à cause du profil du bitume.
Qui dit ville ne dit pas forcément bitume, car même en banlieue d'Astrakhan, qui est une grosse ville historique, dès qu'on quitte la grand'route on peut se trouver sur de la terre.
9) Bike posts
Les bike posts de Russie sont connus : un réseau de clubs/hébergements privés tenus par des motards pour les motards de passage, avec parking ou garage sécurisés, coup de main mécanique, etc., pour un prix modeste. Y a à boire et à manger dans cet univers, certains restent attachés à l'esprit d'entraide originel, d'autres tentent de faire du profit en surfant sur "l'expérience authentique" pour le touriste un peu naïf. Malheureusement il n'est pas facile d'avoir des informations au préalable, puisque tout est en russe et transite sur leurs propres réseaux. J'ai néanmoins trouvé cette page : https://motoindex.ru/bikeposts qui en recense quelques dizaines, et l'on peut filtrer par régions.
J'ai passé la nuit dernière au bike post Mexica, à Astrakhan. Chambre privée et accès au lounge/salle à manger, douche commune (mais j'étais le seul visiteur, en cette saison !), pour 15€. Disons que pour le prix, c'est correct. Tout est bricolé et pas vraiment propre (sauf la literie), mais l'accueil est vraiment chaleureux. C'est ce que j'étais venu chercher, pas le confort d'un hôtel. C'est surtout l'occasion de rencontrer des Russes autrement que dans une épicerie.
10) Communication
Apparemment le gouvernement russe vient de réussir à bloquer WhatsApp, donc ne comptez pas dessus. Je n'ai reçu aucune réponse à mes messages sur WhatsApp. Il faudra nécessairement utiliser VK (dispo en anglais donc pas d'inquiétude) et/ou Telegram (qui est lui aussi dans le viseur du gouvernement, par contre). Je conseille aussi de télécharger la langue russe pour Google Translate, car pratiquement personne ne parle anglais dans certaines régions, et au mieux c'est quelques mots et une syntaxe approximative (encore une fois, c'est sûrement très différent à Moscou). J'ai toutefois eu une conversation avec une jeune Russe de 21 ans qui parlait très bien l'anglais et apprenait le français, comme quoi.
Pour ce qui est de la 4G, le forfait international chez Free couvre la Russie ; après, le réseau russe n'est pas toujours bien stable en dehors des grandes villes... Mais globalement y pas de problème.
EDIT : quelques détails supplémentaires. En théorie la 4G et les SMS sont bloqués pendant les 24 premières heures sur le territoire russe. Pour les débloquer, il suffit de répondre à un Captcha depuis un SMS d'un des opérateurs russes qui vous sera envoyé dès le franchissement de la frontière. Par ailleurs, il ne faut pas compter non plus sur le Wi-Fi dans les hôtels. Apparemment il n'est fourni qu'aux détenteurs d'un numéro de téléphone russe ; j'ai lu que certaines chaînes contournent cette restriction, mais bon... Trois hôtels, zéro Wi-Fi pour ma part (et j'ai demandé). 4e hôtel, on a connecté mon tél à deux réseaux WiFi de l'hôtel, et c'est très erratique. Finalement je reste sur la 4G.
11) Saisons/météo
Je me suis débrouillé pour progresser sur ma route juste au moment où l'hiver commence à se retirer. Ici mon expérience est plus spécifique au passage Géorgie-Russie. C'est faisable en mars, si on choisit bien son jour. La frontière étant située à 1300m d'altitude, la neige est souvent présente, et parfois jusqu'au milieu du printemps. J'ai attendu le 3e jour de soleil avant de me lancer, et j'ai suivi la situation à la frontière sur ce canal Telegram : https://t.me/joinchat/AAAAAEayL0gXCDbOLC75jA (équivalent sur VK : https://vk.com/vrlars). On y poste régulièrement la situation météo et le status de la frontière (ouverte, fermée, etc.) (Je tiens ces deux adresses de ce blog : https://www.satanayaknows.com/frontiere-russie-georgie.)
La météo c'est une chose, mais à moto c'est surtout le combo météo-état de la route qui accroît considérablement le danger. Une bonne partie de la route côté Géorgie est en mauvais voire très mauvais état : profonds nids-de-poule, bitume décapé, à quoi il faut parfois ajouter humidité, terre/poussière, pas mal de camions. Le point le plus élevé est le col de Jvari à 2395m d'altitude, donc même si la frontière est ouverte, 1km plus bas, il peut y avoir de la neige sur la commune de Gunaudi (station de sports d'hiver). Quand j'y suis passé, il y avait effectivement jusqu'à 2m de neige partout autour de la route (mais le bitume était seulement humide, voire complètement sec). Proche de cette commune se trouve une série de courts tunnels non éclairés et parsemés de nids-de-poule : ce sont là les points les plus dangereux à mon sens. Mais bon, j'y suis passé, donc tout le monde peut le faire
12) Navigation
Apparemment, le gouvernement brouille les signaux GPS en raison de la guerre, donc Maps, Waze, Osmand, rien ne fonctionne. Il faut naviguer à l'ancienne. Perso j'ai préparé des notes sur un calepin, depuis les cartes Maps, et je n'ai pas eu de souci. Toutefois les vues satellites peuvent dater de plusieurs années et donc certaines routes ou certains repères avoir changé depuis.
13) Les Russes
D'après ma (petite) expérience, les Russes sont vraiment accueillants. Plusieurs fois on est venu me parler à la station-service, échanger une poignée de main, me souhaiter bon voyage... Et grâce à mon passage au bike post, j'ai un compagnon de route russe pour le Kazakhstan. Rien à voir avec les Géorgiens, que j'ai trouvé polis mais distants et guère curieux.
J'espère avoir fait le tour !





